• Chapitre 4.1 (Barbapapa)

    Comment Max allait-il réussir ?

    Le froid était si intense qu’il ne sentait déjà plus le bout de ses doigts.

    Il n’avait pourtant pas le choix.

    Avec les délais à respecter, les montants exorbitants des pénalités de retard, le seul moyen de sauver son entreprise était de livrer dans les temps.

    Ce chantier était une providence, une poche d’air qui lui permettrait de remettre à flot sa trésorerie, alors, il devait absolument mettre les bouchées doubles pour finir dans les temps.

    Max aimait côtoyer ses ouvriers et mettre la main à la pâte, c’est ce qui lui valait l’estime de tous ses employés.

    Max n’était pas un patron comme les autres, il considérait ses équipes comme des égaux et c’est grâce à cet état d’esprit, qu’ils le lui rendaient bien et que même avec des finances au bord du gouffre, l’entreprise avait survécue jusqu’alors.

    Il ne manquait personne, toutes ses équipes étaient au grand complet sur le chantier, même ceux qui devaient normalement être de repos, travaillant comme jamais.

    Max regardait ses hommes et sentit monter en lui les stigmates de la fierté, l’émotion était à son comble, il leur devait tant.

    Il fallait réussir à livrer dans les délais, pour eux !

    Une larme scintillait juste sous son œil gauche, elle glissa péniblement sur sa joue pour se cristalliser quelques millimètres plus bas.

    Max fut extirpé de ses pensées par les cris de Ben.

    L’architecte venait une fois de plus d’arriver sur le chantier sans prévenir.

    Max avait beau trouver des circonstances atténuante à Alexandre, cela ne l’empêchait pas de le trouver insupportable.

    Certes, c’était son premier chantier et il devait faire ses preuves auprès de ses pairs pour y trouver sa place, mais ce n’était pas une raison pour arborer cet air hautain et aboyer sur un ton condescendant.

    D’aussi loin qu’il s’en souvenait, Max n’avait jamais eu ce genre d’attitude, même lorsqu’il démarra son activité.

    Alexandre devait avoir environ dix ans de moins que Max, il sortait tout juste d’une des meilleures écoles d’architecture dont il était sorti major de promo.

    Il avait largement démontré pendant tout le projet ses compétences techniques et ferait probablement une carrière hors du commun, mais question relations humaines, il avait encore d’énormes progrès à faire.

    Alexandre, comme toujours était tiré à quatre épingles malgré ses costumes de prêt à porter bon marché.

    Max ne lui laissa pas le temps d’en placer une.

    Il lui fit un bref exposé de la situation et lui confirma que le chantier serait terminé à temps, si toutefois, Alexandre les laissaient finir.

    Pour la première fois, Alexandre n’avait pas pipé mot, il était comme subjugué par Max.

    Pour la première fois, Alexandre arbora un sourire.

    Pour la première fois, Alexandre, une fois que Max eut terminé, lui dit simplement « Merci » avec un ton doux et reconnaissant.

    Pour la première fois, Alexandre et Max se souriaient et se regardaient fixement, comme s’ils se découvraient.

    Ce fut la dernière fois qu’Alexandre se présenta sur le chantier.