• Alexandre souffrait et se sentait coupable, par son mensonge, d’avoir poussé Max dans les bras de ce jeune homme qui ressemblait à Angelo.

    Il aperçu au mur de sa chambre la photo « des jours heureux », comme il aimait l’appeler.

    Cette photo qu’il avait toujours gardée dans son portefeuille et qu’il avait fait refaire, agrandir et encadrer et qui trônait au mur de sa chambre.

    Elle avait été prise lors de l’anniversaire des 30 ans d’Eve.

    La bande des quatre y était au complet ; Claire et Eve, Angelo et lui.

    Instinctivement, il se dit que c’est comme ça que Max avait pu savoir à quoi ressemblait Angelo.

    Plus, il y pensait et plus, il se sentait mal à l’aise.

    Tout était de sa faute.

    Il avait menti à Max pendant 35 ans et son ami se sentait probablement trahi et humilié.

    Pourquoi n’avait-il jamais trouvé le courage de tout lui dire ?

    Le soleil commençait à vouloir se frayer un chemin au travers des volets.

    Alexandre fut terrorisé.

    Il n’avait pas dormi de la nuit et il allait devoir affronter le regard de Max.

    Il fallait qu’ils en parlent, c’était à lui de rattraper le coup.

    Comment allait-il faire ?


    Max regardait Dimitri dormir auprès de lui, il était merveilleusement beau.

    Le soleil qui commençait à se lever lui léchait tendrement la peau et le recouvrait d’or.

    Il se sentait bien.

    Cela faisait longtemps qu’il ne s’était pas senti aussi bien.

    Il se sentait comme libéré, soulagé d’un poids énorme, d’une entrave qu’il avait porté pendant tout ce temps sans même s’en rendre compte.

    Il dégagea son bras, coincé sous le cou de Dimitri, le plus délicatement possible pour ne pas le réveiller.

    Il se leva et regarda une fois encore cet ange qui dormait dans son lit et qu’il avait serré dans ses bras.

    Max souriait et irradiait de bonheur.

    En se savonnant sous la douche, il retrouva sa peau qui n’était plus lisse comme il y a 50 ans.

    Son visage se transforma et son sourire radieux s’envola.

    Il venait de retomber sur terre et Alexandre lui revint en mémoire.

    Il allait falloir gérer la situation.

    Il se souvint d’avoir vu qu’Alexandre les avait aperçus lui et Dimitri, alors qu’ils étaient dans la piscine.

    « Et puis après tout, c’est de sa faute ! »

    Max finit de se préparer et décida pour crever l’abcès de préparer le petit déjeuner dans la cuisine commune qui donnait sur le jardin, comme ça il profiterait de la douceur matinale pour s’installer sur la table de la terrasse.

    Alexandre entendit du bruit et jeta un coup d’œil à sa fenêtre.

    Max était en train de préparer la table du petit déjeuner sur la terrasse et avait placé 3 sets de table.

    Alexandre comprit que Max allait l’attendre, en cette zone commune, cette zone neutre et que l’heure des explications était arrivée.

    Il n’avait plus le choix, tout allait se jouer ce matin.

    Il se dirigea vers la salle de bain et après avoir constaté les ravages du temps sur son visage et son corps dans le miroir, il entra sous la douche.

    Après s’être habillé, Alexandre se dirigea vers la porte qui séparait ses quartiers de la zone commune.

    Il avait la poignée de porte dans la main, mais il restait figé, comme paralysé, incapable d’appuyer.

    Cette frontière qui le séparait de ses responsabilités lui semblait comme insurmontable.

    Max avait préparé un vrai festin.

    Il regarda la table chargée et souri, satisfait du résultat.

    Il entraperçu l’ombre d’Alexandre derrière la porte de ses appartements.

    Il se dirigea alors vers la porte.

    Il tendit la main et saisit un manteau à la patère.

    « Je n’ai plus qu’à aller chercher des croissants et tout sera parfait ! »

    Max avait parlé distinctement, comme si son habitude d’aider Alexandre ne pouvait le quitter.

    Il claqua la porte et se mit en route vers la boulangerie.

    Alexandre se sentit pris au piège.

    Il connaissait trop bien Max pour ne pas avoir compris son stratagème.

    Il devait trouver en lui les forces pour franchir cette porte qui le séparait de son destin.

    Il prit son courage à deux mains et ouvrit la porte.

    Il lui fallait maintenant redoubler d’effort pour faire un pas en avant, le pas qui le propulserait dans la réalité de ses actes, de ses choix, de ses responsabilités.

    Il savait qu’il n’avait pas le choix, qu’il devait en passer par là, mais il n’arrivait pas à trouver les forces pour faire ce premier pas.

    D’un coup, il franchit la ligne et se dirigea rapidement vers la table de la terrasse pour y prendre place.

    On aurait dit un marcheur de fond partant au coup de sifflet ou plutôt au signal donné par le bruit de la clé dans la serrure, qui annonçait le retour de Max de la boulangerie.

    Max avança sur la terrasse et vida le sac de croissants dans le panier qu’il avait placé sur la table.

    « Tiens ! Alex ! Déjà debout ? Bien dormi ? »

    Alexandre fut surpris par ce ton anodin.

    • « Heu ! »
    • « Je vois ! Pas bien réveillé ! Tu veux du café ? »


    Alexandre était complètement déstabilisé et ne savait quoi répondre.

    Max prit les devant, lui tendit une tasse de café et après s’en être servi une, s’assit en face d’Alexandre et tout en le regardant dans les yeux, croqua dans un croissant, dont il savoura le goût qu’il trouvait particulièrement délicieux aujourd’hui.

    • « Max ! Il faut que l’on parle ! »
    • « Oui ! Je sais ! Mais petit déjeunons d’abord ! »

    Alexandre n’avait pas faim, il se sentait mal, il avait la nausée.

    • « Je suis désolé, Max ! »
    • « Après le petit déjeuner, Alex ! »
    • « Ecoutes … »

    Alexandre ne put finir sa phrase.

    • « Non, c’est toi qui écoute ! Je ne reviendrais pas sur ton mensonge qui est pour moi, pire qu’une trahison. Je veux juste que l’on s’organise pour vendre la société ! »
    • « Oui, bien sûr, c’est que l’on avait prévu ! »
    • « ON ! Ca fait plus d’un an que je te dis que je suis fatigué et que je veux m’arrêter et c’est hier que tu m’annonce que tu es enfin prêt à vendre ! Tu exagère un peu, tu ne trouves pas ? »
    • « Oui, tu as raison, je suis désolé ! »
    • « Et arrêtes d’être désolé ! Tu as fait tes choix dans ta vie, assumes-les ! »
    • « Comment pouvais-je deviner que tu étais amoureux de moi ? Je te connais bien, tu n’es pas gay ! »
    • « Tu ne me connais pas Alexandre, parce que tu ne t’es toujours intéressé qu’à toi ! »
    • « Mais tu n’es pas gay ? »
    • « Non ! Je suis juste tombé amoureux de toi, le jour de l’inauguration ! Je n’ai pas tout de suite compris ce qui m’arrivait. C’est quelques années plus tard, lorsque l’on s’est retrouvé que j’ai compris que ce qui me paraissait inimaginable était une réalité. »
    • « Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »
    • « Je te retourne la question ? »

    Alexandre se sentit comme poignardé en plein ventre.

    Sa culpabilité venait encore de gagner une bataille et lui assenait un coup violent.

    • « Pourquoi CE mec ? Tu voulais te venger alors tu en as choisi un qui ressemble à Angelo ! »
    • « D’abord, il s’appelle Dimitri et ensuite, il ne ressembla pas à Angelo ! Il TE ressemble ! Lorsque je l’ai vu, je t’ai retrouvé le jour de l’inauguration ! »

    Une nouvelle fois Alexandre pris la réponse de Max en pleine face et une nouvelle fois il fut secoué par un séisme intérieur dévastateur.

    • « Et tu compte en faire quoi ? J’espère que tu es conscient que s’il est dans ton lit, c’est à cause de ton portefeuille ? »
    • « Peut être ou peut être pas ! Mais quelles que soient ses motivations, Dimitri me rend heureux ! Cela durera ou pas ! Mais de toute façon, ça ne te concerne pas ! Tu as raté ta chance, mon vieux, c’est trop tard ! »

    Une fois de plus, Max retournait le couteau dans la plaie et un éclair de douleur traversa Alexandre de part en part, et le clouait dans une immobilité contre laquelle il avait du mal à lutter.

    « Et si tu veux tout savoir, je me demande si je ne vais pas déménager ! »

    Max venait de porter un coup fatal, Alexandre en eut le souffle coupé.

    Une douleur atroce lui vrillait les tripes et commençait à se diffuser dans tout son corps.

    Il s’affaissa dans le fond de la chaise.

    Il sentait ses forces l’abandonner.

    « Alex ! Alex ! Ne fais pas le con ! Reste là ! »

    Max dégaina son téléphone et composa le numéro des urgences.

    Dimitri fit son apparition sur la terrasse au moment où Max raccrochait alors qu’on venait de lui confirmer qu’une ambulance arrivait dans quelques minutes.

    • « Il s’est effondré ! »
    • « Pousses-toi ! Laisses-moi faire, je suis secouriste ! »

    Max regardait la scène, impuissant.

    Dimitri semblait savoir ce qu’il faisait.

    Une sirène raisonna et son vacarme se rapprochait très vite.

    « Vas leur ouvrir ! Vite ! »

     


  • Que se passe-t-il ?

    Tout ce bruit autour de moi. Où suis-je ? La dernière chose dont je me rappel c'est Max qui me disait qu'il voulait déménager et puis plus rien. Le trou noir. Je me suis senti glisser de tout mon long.

    Et je l'ai entendu crier mon nom: « Alex! Alex! Ne fais pas le con! Reste là! » Mais entendre est un grand mot. Est-ce ça mourir ? Je les entends mais ne ressens rien. Plus aucune douleur. Suis-je encore conscient ou suis-je déjà mort ? Je ne veux pas partir ainsi. Il y a encore tant de chose que j'aurais voulu lui dire.

    Une sirène, j'entends une sirène. Les secours arrivent. Je ne suis peut-être pas encore mort en fin de compte.

    « Monsieur, vous m'entendez ? Si vous m'entendez serrez-moi la main. Si vous m'entendez clignez des yeux. »

    Il me prend pour un idiot celui-là. Bien sur que je l'entends. Bien sur que je sers sa main qui est plutôt douce d'ailleurs. Bien sur que je cligne des yeux. Ne voit-il rien ? Je hurle de tout mon être. Ouh-ouh, je suis là.

    « Il est inconscient mais ses fonctions vitales ne sont pas endommagées. Nous allons l'emmener avec nous. Etes-vous de sa famille ?
    _ Non, je ne suis que son colocataire, associé et ami. »

    C'est Max, je l’entends. Colocataire, associé et ami. Il a dit ça avec tellement de tristesse. Ami. Ce mot sonne creux dans sa bouche.

    « Y a-t-il de la famille que vous pourriez prévenir ?
    _ Non, personne. Je suis sa seule famille. Puis-je venir avec vous ? Je ne voudrais pas qu'il se réveille sans que je sois à ses côtés.
    _ D'accord. Suivez-moi. »

    Je sens qu'on me soulève. J'essaie tant bien que mal de bouger mais rien n'y fait. J'ai l'impression d'être prisonnier de mon propre corps. Que m'est-il arrivé ? Nous partons, je sens l'ambulance démarrer. Ma main bouge pourtant ce n'est pas moi. Quelqu'un me la serre très fort. Ce doit être Max. J'espère que c'est lui. Ce n'est pas le médecin car elle est moins douce que celle de tout à l'heure. Je la sens plus vieille aussi.

    « Ne t'inquiète pas, je suis là. Je serais toujours là. Ne me fais pas ça. Ne m'abandonnes pas Alex. »

    Un murmure. Juste un murmure. Mais une promesse. Je lui dois bien ça. Je vais tenir. Je ne t'abandonnerai jamais, je te le promets.

    On s'arrête. On doit être arrivé. Plein de bruit. Trop de bruit. On m'arrache à ta main. Je ne veux pas la quitter. Je cris ton nom mais personne ne m'entend. Mais je vais tenir rien que pour sentir une nouvelle fois ta main dans la mienne.


  • Alexandre se réveilla en sursaut.

    Il était trempé de sueur.

    Il se demandait où il se trouvait.

    Il ne connaissait pas cet endroit, cette chambre.

    Dans la pénombre, il ne distinguait pas grand-chose, mais il savait qu’il n’était pas chez lui.

    Pourquoi, ce mal au crâne ?

    Suis-je toujours à l’hôpital ? Pourtant ça ne ressemble pas à un hôpital ici !

    De dessous une porte fermée s’échappait une lueur, probablement de la pièce voisine se dit Alexandre.

    Il rassembla toutes ses forces et réussi à se lever.

    Il avança jusqu’à la porte d’une démarche mal assurée en manquant de tomber à plusieurs reprises, un peu comme si ses jambes avaient du mal à le soutenir.

    Pourquoi ce mal de crâne ?

    La douleur est intense et c’est elle qui me brouille quelque peu la vue, se disait-il.

    Il manqua une fois de plus de s’écrouler au sol et se rattrapa de justesse à un meuble qui se trouvait là, entrainant la chute de quelque chose.

    A peine quelques secondes suffirent pour permettre à Alexandre de savoir que le ray de lumière venait d’une pièce où il y avait quelqu’un.

    Cet homme se précipita pour le soutenir et le reconduire au lit.

    • « Alexandre ! Ca va vous n’avez rien ? Ce n’est pas raisonnable dans votre état ! »
    • « Max ? C’est toi ? »
    • « Voyons Alexandre qui voulez-vous que ça soit ? »
    • « Tu ne me tutoies plus ? »
    • « Va pour le TU, ça sera plus facile ! »
    • « Comment ça plus facile ? »
    • « Tu ne te souviens donc de rien ? »
    • « Je suis perdu là ! »
    • « Faut dire qu'avant-hier tu en tenais une sacrée ! »
    • « Hein ? Quoi ? »
    • « Houlà ! T’as pas dessaoulé toi ! Tu en tenais une plus costaud que ce que je pensais ! »
    • « Mais, je n’ai rien bu avant de m’écrouler ! Je n’avais même pas pris mon petit déjeuner ! »
    • « Tu rigole ! Avec tout ce que tu t’es enfilé vendredi ! »
    • « Mais, non je t’assure ! »
    • « Allez ! Allonges-toi, je vais te chercher un verre d’eau ! »
    • « Mais on est où ici ? »
    • « Ben ! Chez moi ! Je n’allais pas te laisser repartir, de toute façon t’en étais incapable ! Alors, je t’ai ramené chez moi ! »
    • « T’as changé la déco ? »
    • « Non, pourquoi ? Comment aurais-tu pu connaitre ma déco de toute façon ? »
    • « Tu me fais marcher là ? »
    • « Voilà t’es bien calé ! Je reviens ! »

    Une fois Alexandre allongé Max sorti de la chambre toujours dans la pénombre.

    Alexandre le regarda s’éloigner, pensif.

    Je n’y comprends rien ! Que se passe-t-il ? Et puis Max, je le trouve différent !

    Alexandre entendit Max ouvrir la porte d’un réfrigérateur.

    Comment est-ce possible ? La cuisine n’est pas à côté de sa chambre !

    Décidemment, il se sentait totalement perdu.

    Il tâtonna pour trouver une lampe de chevet et lorsque sa main trouva l’interrupteur, il découvrit une pièce totalement inconnue.

    Ce n’est pas possible, une pièce aussi miteuse dans notre maison !

    Lorsque Max entra dans la pièce un verre d’eau à la main, Alexandre poussa un hurlement !

    • « Ne me dis pas que tu es allergique à l’eau ? »
    • « Ton visage ? »
    • « Quoi mon visage ? Je suis si laid que ça ? »
    • « Non, justement ! »
    • « Ben, mon vieux ! Tu ne devrais pas boire, ça ne te réussi pas du tout ! »

    Max tendit le verre à Alexandre.

    • « Tes mains ? »
    • « Quoi mes mains ? »
    • « Elles sont lisses ! »
    • « Oui et alors ? »
    • « Max quel âge as-tu ? »
    • « Je viens d’avoir trente-cinq ans ! Mais pourquoi cette question subitement ? »

    Alexandre bu le gigantesque verre d’eau d’une seule traite.

    • « Et moi, j’ai quel âge ? »
    • « Je ne sais pas exactement, mais je dirais, dix ans de moins que moi ! »
    • « Normalement, c’est moi qui devrait te poser des questions pour savoir si tu es encore saoul ! »
    • « Max, je viens de faire un horrible cauchemar ! »
    • « Pas étonnant, tu dors depuis presque 30 heures ! »
    • « C’était pourtant si réel ! »
    • « Ce qui était réel, c’est l’inauguration de vendredi et la cuite que tu as pris au champagne ! »
    • « J’ai du sacrément boire ! »
    • « Tu as bu plus que ce que j’ai du boire de toute ma vie ! Mais rassures-toi, tes futurs associés ne t’ont pas vu dans cet état ! »
    • « Merci ! »
    • « De rien ! Mais je ne pouvais pas te laisser comme ça ! »
    • « Et ce pyjama ? »
    • « C’est un des miens, je me suis permis de t’éviter de dormir dans ton costume, tu ne m’en veux pas j’espère ? »
    • « Tu m’as déshabillé ? »
    • « Je me suis dit que ça serai plus confortable ! Et puis ne t’inquiètes pas, j’en ai vu d’autres lorsque je faisais du sport à l’université ! »
    • « Je me sens gêné ! »
    • « Il ne faut pas, la nature t’as gâté ! »

    Max et Alexandre avaient le visage rosissant.

    Comme pour changer l’atmosphère Max lança :

    • « Et ton cauchemar alors ? »
    • « C’était horrible ! Mais je crois que j’ai une leçon à en tirer ! »
    • « Ah ? »
    • « Oui, il faut que je te dise quelque chose ! »