• Chapitre 11 (Barbapapa)

    Alexandre et Max se regardaient dans les yeux.

    Regard complice, sourire aux lèvres.

    L’un comme l’autre hésitait à prendre la parole.

    Ce 35ème anniversaire avait comme une couleur spéciale, différente des 34 précédents.

    Soudain, Alexandre se décida.

    « Max ! Il faut que je te dise une chose ».

    Max était à l’écoute, attentif, il avait perçu dans le regard d’Alexandre que ce qu’il allait entendre était important, alors il fit un oui de la tête sans dire un mot.

    « Cela fait maintenant 35 ans que l’on a remonté la pente ensemble. La vie nous a fait nous retrouver ce jour là et depuis on ne s’est plus quitté. On s’est petit a petit reconstruit une nouvelle vie et aujourd’hui je sais que la société que l’on a battit ensemble je ne pourrais pas la faire fonctionner sans toi et inversement. Cela fait plus d’un an que tu me fais des allusions pour que l’on vende et que l’on prenne du temps pour nous, pour qu’on fasse les travaux que l’on a envie de faire dans la maison mais que l’on n’a pas pris le temps de faire. »

    Max regardait Alexandre avait tendresse, il sentait arriver le moment de la délivrance, mais il continuait à garder le silence.

    « C’est décidé, on va vendre ! Mais avant, on fait un dernier chantier, notre maison ! ».

    Le visage de Max s’illumina d’un sourire.

    « Tu sais Alex, la retraite, à toi aussi ça va faire du bien ! ».

    Alexandre profitait du bonheur qui rayonnait du visage de Max.

    « J’ai autre chose à te dire !  Un aveu à te faire ! ».

    Le visage de Max laissa entrevoir comme une lueur d’inquiétude.

    « Ca fait 35 ans que nous sommes amis, que l’on cohabite dans cette grande maison que l’on a réaménagé pour avoir chacun nos quartiers et une partie commune. 35 ans que l’on travaille ensemble, que l’on passe presque tout notre temps ensemble et pourtant il y a une chose que tu ne sais pas sur moi ! »

    Max attendait cette révélation, il ne savait qu’en penser, il était impatient de savoir pour que cette douleur qui venait de lui prendre les tripes cesse, il se rendit compte qu’il avait peur.

    « Je t’ai souvent parlé de Claire, mais je n’ai pas été honnête. J’ai bêtement continué le jeu auquel nous nous amusions elle et moi lorsque nous étions jeunes. Claire était ma meilleure amie et il n’y a jamais rien eu d’autre entre elle et moi que de l’amitié ! »

    Max ouvrit la bouche mais Alexandre l’interrompit.

    « Non ! Laisse-moi finir ! Ne m’interrompt pas s’il te plait ! »

    Max fit un signe de la tête et Alexandre pris une grande respiration avant de poursuivre.

    « Voilà ! L’amour de ma vie que j’ai perdu ce jour-là s’appelait Angelo ! Je suis homo ! Je ne sais pas pourquoi j’ai mis tant d’années pour te le dire, probablement que j’avais peur de ta réaction, je ne sais pas ! Ca faisait longtemps que je voulais te le dire, mais je n’y suis jamais arrivé ! J’espère que tu ne m’en veux pas ? »

    Max s’affaissa au plus profond de sa chaise.

    Son visage devint livide.

    Alexandre le regardait avec inquiétude.

    Les yeux de Max se mirent à perler.

    Max se redressa d’un coup, comme secoué par un regain de vigueur.

    « Si Alex, je t’en veux ! ».

    Alexandre ne savait plus où se mettre.

    « Je t’en veux, parce que ça fait 35 ans que je vis avec toi, que je prends soin de toi et que je souffre de te voir si malheureux. T’enfonçant chaque jour un peu plus dans ta solitude, cultivant le souvenir de cet amour perdu, alors que moi, je suis là près de toi et que tu ne t’es jamais rendu compte que je t’aime et que parce que tu m’as menti, on est peut être passé à côté du bonheur parfait ! ».

    Max se leva, sortit une liasse de billet qu’il posa sur la table du restaurant et se dirigea vers la sortie.

    A peine trois pas plus loin, il se retourna et regarda Alexandre dans les yeux.

    « J’ai besoin d’être seul un moment ! On se retrouve à la maison ce soir ! »

    Alexandre était totalement perdu, ne sachant que faire.

    Jamais il n’avait imaginé que Max puisse être homo lui aussi, il se rendit compte qu’en fait, il ne connaissait pas grand-chose de la vie de Max, un peu comme si « l’après » avait été sa seule vie et qu’hormis leur première rencontre et leur collaboration sur le chantier du centre commercial, Max n’avait jamais eu « d’avant ».

    Alexandre se sentit honteux, égoïste.

    Comment allait-il faire ?

    Il ne savait qu’une chose, il lui faudrait attendre ce soir, car il connaissait trop bien Max et ne pas lui laisser la solitude dont il avait besoin serait une erreur pire que celle qu’il avait déjà commise.